Écrit par Claire Nobileau, DEA de biologie   

LES ALLERGIES

En vingt ans à peine, les allergies ont explosé : elles n’affectaient que 10 % de la population en 1980, elles font aujourd’hui plus de 30 % de victimes dans les pays industrialisés et pourraient toucher 50 % de la population d’ici à 2015, selon l’OMS.

Pourtant, l’allergie reste une maladie mal connue.

Alors comment et pourquoi devient-on allergique ?
Et comment se protéger ?

Qu’est-ce qu’une allergie ?

L’allergie, également appelée hypersensibilité, est une réaction anormale et excessive de notre système immunitaire consécutive à un contact avec une substance étrangère à notre organisme (les antigènes).
En soi, ces substances ne représentent pas un danger, contrairement aux microbes ou aux virus. Mais notre organisme les considère comme des ennemies. D’antigènes, ils deviennent allergènes. Officiellement, on en recense aujourd’hui plus de 400, d’origines très diverses : venin d’abeille, pollen, produits chimiques, acariens, etc…

Pourquoi et comment devient-on allergique ?

Les maladies allergiques résultent d’un dysfonctionnement immunitaire, c’est-à-dire de notre capacité à fabriquer des anticorps.
Pour développer une allergie, il faut donc avoir un terrain prédisposé. Ce terrain est souvent héréditaire, génétiquement déterminé (on dit alors "atopique").
L’eczéma dit atopique est la forme d’allergie héréditaire la plus courante, avec l’asthme, le rhume des foins, l’urticaire, la pollinose (sensibilité aux grains de pollen), certaines rhinites et conjonctivites.

Mais l’environnement joue également un rôle primordial dans l’expression des allergies.

Les principaux allergènes

L

es allergènes sont les substances responsables de la réaction allergique.

On les classe généralement en plusieurs catégories :

Allergènes alimentaires

Ces quinze dernières années, leur envolée est impressionnante. D’anecdotique il y a dix ans, l’allergie alimentaire est devenue une banalité dans la consultation des allergologues qui les connaissent aussi mieux maintenant ce qui permet de repérer l'allergène plus facilement

Elle concerne principalement 5 groupes d’aliments :
le groupe “ latex ” (bananes, kiwis, avocats…),
le groupe “ noix ” (amandes, noisettes, noix de pécan…),
les ombellifères (aneth, céleri, cerfeuil, fenouil…),
les rosacées (fraises, abricots, cerises, pommes…),
les légumineuses (arachide, soja, pois…).

Sans oublier, plutôt chez les enfants, les aliments d’origine animale (lait de vache, œufs…).

Allergènes aériens

Très présents dans l’environnement, ce sont les plus difficiles à éliminer : redoutables acariens invisibles à l’œil nu mais que l’on retrouve partout et que nous faisons voler à notre passage: dans nos tapis et moquettes, nos rideaux et notre literie,sur les animaux domestiques; il y a aussi les pollens, les moisissures…

Allergènes de contact

Ils sont essentiellement contenus dans les divers produits chimiques qui nous entourent (parfums, conservateurs, extraits végétaux).
Les principales maladies allergiques dites "de contact" sont cutanées : eczéma et urticaire. Mais d’autres formes sont étudiées et semblent aussi correspondre : conjonctivites, rhinites, asthme …

On considère également les venins d’insectes et les médicaments comme des allergènes.

En effet ce sont des éléments étrangers à notre organisme.

Le plus difficile est de désigner le coupable de votre allergie. Une fois que celui-ci est connu, vous savez à quoi vous en tenir, et devez dans un premier temps l‘éviter le plus possible.

 

 

Un mécanisme en deux temps

Un premier contact avec un allergène :

Après un premier contact avec un allergène, la fabrication des anticorps responsables de l’allergie commence, à votre insu.
Imaginez que vous êtes chez des amis. Vous caressez leur chat, sans savoir (et sans voir) qu’en faisant cela, vous agitez les allergènes présents dans sa salive et donc sur ses poils puisqu'il les a si bien léchés...
Quand l’allergène arrive dans vos voies respiratoires, il est identifié comme un ennemi par certaines de vos cellules.
A ce moment, votre corps est " sensibilisé " à l’allergène du chat et prêt à riposter violemment à toute nouvelle intrusion de la même molécule…

La réaction allergique

Après un temps variable, ces anticorps silencieux vont devenir réactifs : c’est la crise ou réaction allergique.

Vous retournez plusieurs mois après chez vos amis, et leur chat, qui vous reconnaît, vient se frotter gentiment contre vos jambes.
L’allergène réapparaît alors et déclenche l’allergie, qui se manifeste sous forme d’asthme, de rhinite, d’urticaire, d’œdèmes ou encore de conjonctivite.
Une personne peut être sensible à plusieurs allergènes : il s’agit alors du “ syndrôme de polyallergies ”.

Comment vous protéger ?

Pour lutter contre l’allergie, il faut limiter la diffusion des allergènes dans votre environnement.

Quelques actions simples vous y aideront :

Réduisez l’humidité

Elle favorise le développement des acariens et des moisissures: Le plus possible, éviter de stocker du linge humide (faites-le sécher dehors ou en machine), limitez les plantes dans votre maison surtout dans les pièces fermées ou exigues….

Aérez

Aérez chaque jour toutes les pièces de votre maison.
Cela permet le renouvellement de l’air et limite la pollution intérieure, les allergènes et l’humidité.

Tempérez

Maintenez chez vous une température maximale de 19°-20°.
Toujours pour éviter le développement des acariens et des moisissures qui aiment la chaleur.

Changez et nettoyez votre literie régulièrement

Vos draps doivent être lavés chaque semaine à 60°. L’utilisation de housses anti-acariens validées médicalement est également recommandée.

Utilisez des insecticides anti-acariens

Aérosols, poudres ou liquides, il faut ensuite les aspirer consciencieusement, car leurs déchets sont aussi allergisants et donc rendent votre action inutile!

Evitez la présence d’animaux

Surtout dans les chambres et les pièces peu aérées.
Si ce n’est pas possible, humidifiez le pelage de votre animal régulièrement pour limiter la prolifération des allergènes.

Aspirez souvent vos sols

Cela reste fondamental et très efficace. La poussière de maison contient tous les allergènes domestiques.
Utilisez un aspirateur et non un balai qui fait s’envoler les poussières, laver aussi réduit l'envol de poussières.

Quand devez-vous consulter ?

Si votre enfant ou vous-même êtes prédisposé à l’allergie, sachez qu’en fonction de votre âge, la maladie va se manifester à travers des symptômes différents, et que, au fil du temps, votre sensibilisation allergénique va augmenter.

Evolution de la maladie au fil de la vie

Le nourrisson porteur d’un terrain allergique prouvé (ou terrain atopique), va développer dans un premier temps un eczéma souvent causé par une allergie alimentaire.

En grandissant, il va progressivement voir ses allergies alimentaires disparaître, sans que ce soit systématique. Apparaîtront alors des manifestations respiratoires : le plus souvent des bronchites sifflantes et des symptômes ORL (rhinite, otite, pharyngite, bronchiolite…). C’est qu’il est alors sensible aux allergènes de son environnement.

Durant le reste de la vie, ses symptômes deviendront plus “ classiques ” : rhinite, rhinopharyngite, conjonctivite, asthme, en même temps qu’apparaîtra une sensibilisation à de nouveaux allergènes (poussière, médicaments, poils d’animaux, pollens, venin… ).

C’est pourquoi il est recommandé d’agir le plus tôt possible.

Quelques symptômes qui doivent vous alerter

Urticaire, eczéma, œdème du visage, des lèvres, éternuements, conjonctivite, difficultés respiratoires, malaises…

L’allergie peut revêtir des aspects très divers, dont certains peuvent passer inaperçus, tels la constipation, les troubles du comportement chez l’enfant, l’irritabilité, les insomnies ou les migraines.

Ne passez pas à côté de ces symptômes : plus votre allergie sera prise en charge tardivement, plus les mécanismes inflammatoires seront installés, plus son enrayement sera difficile.

La recherche d’une allergie est une véritable enquête policière qui commence par une visite chez l’allergologue.

La première consultation chez l’allergologue

Lors de votre 1ère consultation, l’allergologue va essayer de déterminer s’il existe dans votre quotidien et votre histoire personnelle des facteurs de cause allergique…

Préparer le rendez-vous

Pour préparer ce rendez-vous, interrogez-vous au préalable sur votre cadre de vie et la fréquence de vos symptômes.
Quel est votre environnement ? La ville, la campagne ? Un lac, une forêt ?
Votre habitation est-elle humide, sujette à des moisissures ?
Votre literie est-elle récente ou ancienne ?
Avez-vous eu des animaux domestiques dans les cinq dernières années ?
Votre métier vous expose-t-il à des substances a priori allergisantes ?
Avez-vous remarqué un lien entre vos symptômes et une période ou une situation : la nuit, le printemps, la visite de la tante et de son chat, le soleil, la pluie, la consommation de tel aliment … ?
Combien de fois êtes-vous malade par hiver ?
Consultez-vous fréquemment un ORL, un dermatologue ?
S’il s’agit de votre enfant, va-t-il souvent chez le pédiatre ?

Enfin, interrogez vos parents ou grand parents pour vérifier s’il existe des cas d’allergie parmi vos ascendants.

Les différentes méthodes de diagnostic

S’il existe une présomption, votre médecin testera ensuite sur vous certains allergènes parmi les quelques 400 officiellement dénombrés.

Pour cela, il dispose de plusieurs types de tests.

Dans tous les cas (Prick tests, patchs ou IDR, “ intradermo réactions ”) votre épiderme est mis au contact du produit suspecté (test indolore). Une inflammation ou une réaction locale seront significatives.

Pour approfondir son examen, il pourra vous prescrire des analyses sanguines consistant à vérifier la présence dans votre sang d’immunoglobines E (les IgE) spécifiques de l’allergène suspecté.

Enfin, s’il décèle chez vous des difficultés respiratoires caractéristiques d’un asthme, il pourra réaliser une exploration fonctionnelle de votre système respiratoire (ou EFR).

Pourquoi les allergies sont-elles en progression ?

A

u cours des vingt dernières années, le nombre de cas d’allergies a très nettement augmenté.
Aujourd’hui, un Européen sur cinq en souffre sans parler de ceux qui ont des manifestations plus bénignes.

Trois facteurs seraient en cause…

L’augmentation de la pollution dans toutes les grandes villes européennes, qui jouerait pour beaucoup dans le dérèglement de notre système immunitaire.
Les petites particules de poussière produites par les voitures sont si légères qu’au lieu de se constituer en sédiment et d’être lavées par la pluie, elles restent en suspens dans l’air et pénètrent dans notre appareil respiratoire.
La modification du pollen des plantes. Celui-ci renferme des allergènes qui, une fois chargés en particules, deviennent plus forts et plus agressifs.
L’amélioration de nos conditions d’hygiène serait, paradoxalement, également responsable. L’industrialisation, l’apparition des antibiotiques et l’aseptisation de nos modes de vie ont fait reculer les maladies infectieuses dans leur ensemble. Mais tout cela a, dans le même temps, détruit les "bons" germes et parasites présents dans notre organisme. Or, notre système immunitaire a besoin d’être entraîné à lutter contre les germes pathogènes seulement. Dès l’enfance, il doit être confronté à ces germes. Aujourd’hui, cela ne se fait plus aussi naturellement qu’autrefois. Ce qui a poussé notre système immunitaire à se trouver de nouveaux ennemis - les allergènes, par ailleurs bien anodins : pollen de bouleau, lait de vache ou encore œuf de poule…

Un cas particulier : l’asthme

L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des petites bronches qui s’accompagne ou non de crises.

Elle est encore trop souvent non diagnostiquée et mal traitée. Pourtant, elle tue en France plus de 2000 personnes par an dont la moitié a moins de trente ans: il faut prendre au sérieux les premières "crises".

Plusieurs études ont établi un lien fort entre asthme et rhinite allergique, conduisant à l’hypothèse qu’ils sont la continuité d’une même maladie.

Traiter l’asthme, c’est prendre en considération l’inflammation déjà en place mais c’est aussi veiller à en contrôler les facteurs déclenchants :


Pollution extérieure
Pollution intérieure (tabac, nids à poussière, humidité…)
Allergènes aériens
Allergènes alimentaires

Sachez que plus l’asthme est pris en charge tôt, moins son potentiel d’évolution sera important et plus il sera aisé de le contrôler.

Un médecin pourra vous prescrire des médicaments en cas de crise pour dilater les bronches, mais aussi un traitement de fond pour prévenir ces crises justement.

Il est indispensable de suivre scrupuleusement les conseils de votre praticien.

On peut vivre normalement avec de l’asthme, à condition de connaître sa maladie et les facteurs déclenchant les crises, afin d’apprendre à les gérer.

Vivre avec une allergie

Le nombre d’allergies a doublé en vingt ans.

L’allergie est classée au 4ème rang mondial des pathologies, selon l’OMS.

Heureusement, il existe des moyens de vous soulager, ponctuellement lors d’une crise, ou de manière plus chronique.

Les médicaments

Il sont un élément de votre prise en charge, une façon d’améliorer votre qualité de vie et d’éviter les conséquences néfastes des maladies allergiques.

Les médicaments qu’on utilise pendant une réaction allergique servent :
à calmer l’inflammation (ce sont les corticoïdes)
à bloquer les effets de l’histamine (ce sont les antihistaminiques)

L’adrénaline est utilisée dans les cas d’urgence, en particulier de choc anaphylactique. Elle a pour effet d’accélérer le cœur et de contracter les vaisseaux, ce qui permet de rétablir une tension artérielle qui aurait chuté avec la réaction allergique.

Si vous êtes à risque, (comme les personnes allergiques aux piqûres de guêpes) ayez-en une seringue toujours sur vous.

L’immunothérapie ou désensibilisation

C’est, à ce jour, le seul moyen connu pour faire régresser une allergie.

Son principe se rapproche de celui du vaccin. On administre à votre corps, de manière fréquente, des doses d’un allergène en quantité insuffisante pour déclencher une réaction allergique.

Au fil du temps, celui-ci s’habitue à cet allergène et le considère de moins en moins comme un ennemi contre lequel il doit lutter .

Cette méthode est efficace à 98% contre les venins d’hyménoptères (abeilles, fourmis).
Elle est le seul moyen d’éviter le risque de mort subite en cas de nouvelle piqûre, si vous avez déjà fait un accident grave (choc anaphylactique).

En revanche, l’immunothérapie est inefficace pour les allergies alimentaires.

Sachez tout de même que la désensibilisation est longue et fastidieuse, et qu’elle ne peut pas être pratiquée chez les enfants de moins de 7 ans. De plus, si l'on est poly-allergique (allergique à plusieurs allergenes), elle ne fonctionne pas bien non plus.

L’explosion des allergies alimentaires chez les enfants

Elles ont doublé en quelques années et les pédiatres recommandent aujourd’hui de retarder la diversification de l’alimentation des bébés.

Sur le banc des accusés, l’œuf, premier allergène (34 % des cas), devant l’arachide (25 %), le lait (8 %) et le poisson (5 %).

Q

ue faire pour les éviter ?

Il est conseillé aux femmes d’allaiter leur enfant pendant ses six premiers mois en faisant attention à ce qu’il ne consomme pas d’aliments hautement allergènes pendant les deux ou trois premières années de sa vie, surtout s'il y a un terrain allergique dans la famille.

Comment vivre avec ?

Le meilleur moyen de ne pas avoir d’allergie alimentaire, lorsqu’on l’a identifiée, est tout simplement d’éviter l’aliment responsable de cette allergie, sous toutes ses formes, ce qui est parfois difficile.

L’arachide, par exemple, se retrouve dans beaucoup d’aliments, parfois en quantité infime, et même certains médicaments. En outre, la vie sociale et scolaire de l’enfant allergique pose toujours problème. Les parents doivent gérer toutes les sorties de classe, les déjeuners à la cantine, goûters d’anniversaire, etc.

C’est pourquoi il est essentiel de prévenir l’infirmière de l’école et de tenir toujours à votre disposition ou à celle des adultes ayant la charge de votre enfant, une trousse contenant :
une seringue d’adrénaline injectable (qui existe maintenant aussi sous forme de stylo auto-injectable),
un corticoïde ou un antihistaminique prêts à être administrés en cas d’urgence (choc anaphylactique ou œdème de Quincke, notamment, qui peuvent être mortels).

Peut-on s’en débarrasser ?

Bien souvent, les allergies alimentaires cessent spontanément avec le temps, surtout si celles-ci se sont manifestées avant l’âge de trois ans. C’est particulièrement vrai pour les aliments d’origine animale.

Cependant, certaines allergies, aux noix ou au poisson par exemple, risquent de persister à l’âge adulte.

Lorsque les allergies ont provoqué des réactions très fortes, une réintroduction de l’aliment allergène (l’œuf, par exemple) sera effectuée progressivement quelques années plus tard, sous surveillance médicale.


Mise à jour le Jeudi, 08 Avril 2010 08:16